Il n'y a pas de "vrai" ou de "bon" cinéma... (ou la légitimité culturelle)

Publié le par Masked Ball

http://www.mjc.larochesurforon.fr/Images/CinemaCamera.jpgJe suis moi-même un grand passionné de cinéma mais cela ne m'empêche pas d'avoir un regard réflexif sur la culture en général. Ce texte s'applique au 7ème art mais je pense que des analyses comparatives sont possibles dans d'autres domaines artistiques. On dit souvent que les goûts et les couleurs ne se discutent pas et bien si, ils se discutent et bien souvent il relèvent de constructions sociales. L'analyse qui suit résulte en partie d'un travail universitaire personnel.


Le cinéma élitiste définit un idéal-type, pour reprendre le terme de Weber, du ''bon cinéphile''. Le bon cinéphile doit privilégier le cinéma d'auteur, le cinéma contemporain et connaître ses classiques ainsi que l'histoire et l'évolution des genres audiovisuels.

Ce type de cinéma est souvent valorisé pas les grands festivals internationaux. Qu'appelle-t-on cinéma d'auteur ? C'est bien souvent un film qui reflète la touche personnelle de son réalisateur, qui a quelque chose de distinctif. Lorsqu'un individu dit : « C'est un Kubrick ! » , c'est parce-qu'il reconnaît un style qui est propre à ce réalisateur. Pour le sociologue ce jugement est totalement subjectif et résulte d'une légitimité culturelle. En effet, bien souvent le cinéma d'auteur s'oppose au cinéma standard, celui du film à gros budget diffusé en masse, en somme un cinéma populaire. On légitime ce qui est ''décalé'' (David Lynch, Terry Gilliam, Michel Gondry), il faut entendre par ce terme ; ce qui est différent du cinéma standard (soit ce qui se distingue, ce qui se démarque du cinéma populaire, qui est plus raffiné, plus complexe). "La classe dominante" (encore une fois je reprends les termes bourdieusiens) cherche à se distinguer de la "classe dominée", le terme de ''décalé'' ou de ''décalage'' illustre très bien ce comportement quasi protectionniste de la culture dominante. Les critiques de la presse cinématographique valorisent ce genre de films et sont souvent moins cléments avec les productions destinées à un public large. C'est tout simplement parce-que la grande majorité des journalistes critiques sont issus des milieux sociaux au capital culturel important.

Une distinction se fait dans la bouche du cinéphile : « Le vrai cinéma » et le reste. Ce à quoi le sociologue se doit de répondre : « Tous les films sont le résultat de vingt-quatre images secondes projetées sur un écran, il n'y a pas de vrai ou de faux cinéma » rien de plus et rien de moins. En effet, les sociologues apphttp://www.linternaute.com/photo_numerique/reportages/0611-ens-louis-lumiere-photo/images/image1.jpgartiennent bien souvent à des milieux sociaux au fort capital culturel ou du moins y accèdent de par leur savoir et peuvent être tentés inconsciemment de légitimer un type de cinéma.

En France, le savoir et les études sont valorisés pour réussir dans le domaine du cinéma. Le s écoles sont très élitistes, elles nécessitent un fort capital économique pour les écoles privées, un fort capital culturel pour les écoles publiques et si possible un fort capital social pour mobiliser des personnes aptes à nous intégrer au milieu (vous pouvez nommer ça le piston....) Bien que relatif et subjectif, le talent est aussi important bien évidemment.


Très peu sont les jeunes issus de catégories populaires qui peuvent prétendre réussir dans le cinéma (Je n'ai pas de statistiques à portée de main mais j'en mettrais bien ma main à couper !). Peut-être est-ce plus simple en tant que comédien où les connaissances sont moins sollicitées mais il existe des écoles plus ou moins prestigieuses et on sait que le capital social est très utile pour réussir dans cette voie. Il en est de même pour la réalisation. Si le capital culturel n'est pas suffisant pour réussir, le capital économique et social peuvent venir en aide à celui qui souhaite s'imposer dans le milieu du cinéma. Les conclusions restent les mêmes, l'univers cinématographique s'ouvre aux élites, il est détenu par l'élite, légitimé par une élite et il est difficile d'y pénétrer .

Il ne faut pas non plus tomber dans le déterminisme et la fatalité, il est tout de même possible de venir de classes populaires et réussir dans ces métiers, mais il faut bien reconnaître toute la difficulté. Dans les pays étrangers la situation peut différer. Aux Etats-Unis, les autodidactes ont plus de chance de réussir et les Écoles s'ouvrent plus facilement. Tout d'abord, aux USA le cinéma est perçu comme un divertissement et un métier technique, le prestige artistique est moins reconnu donc moins légitimé. C'est pour cela que beaucoup de http://unrealitymag.com/wp-content/uploads/2009/06/kubrick1.jpgréalisateurs américains aiment venir en France où bien souvent ils ressentent une considération plus importante puisqu'ils sont vus avant tout comme des artistes. Mais prenons le cas d'un des plus célèbre réalisateur autodidacte américain : Stanley Kubrick. Ce dernier n'a jamais fait d'Ecole de cinéma et a abandonné assez tôt ses études, se consacrant tout d'abord à la photographie. Il est devenu l'un des réalisateurs les plus talentueux, du moins reconnu comme tel dans le monde du cinéma. Si on s'intéresse un peu à sa biographie, on s'apercevra que son père était médecin. Son milieu social lui conférait-t-il des prédispositions culturelles favorisant son insertion dans le monde du cinéma ?

 

Outre le déterminisme social évoqué ci-dessus, le talent et l'inspiration sont certainement à prendre en compte pour la réussite artistique. Même si talent et inspiration résultent de jugements moraux et sont donc aussi des produits du social...

 


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Publié dans Art - culture & co

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W
<br /> C'était juste pour t'embêter, et étonnement c'est un sujet où je suis d'accord avec toi !<br /> <br /> <br />
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W
<br /> Pour se demander si il y a bien une incidence entre l'origine sociale et la carrière de cinéaste il ne faudrait pas étudier Stanley Kubrick, car si le talent et le génie ne sont pas quantifiable,<br /> on ne peut cependant douter de ceux de ce monsieur, il a trop apporter pour cela (je pense aux films mais surtout aux inventions qu'il a initié et qui sont encore utilisées aujourd'hui par tant de<br /> cinéastes).<br /> Non, il faudrait plutôt se pencher sur le cas de Luc Besson par exemple ^^<br /> <br /> (oui je sais qu'il me suffirait d'une recherche Wiki pour savoir si son père était pêcheur ou avocat, mais c'est plus amusant de juste imaginer. Libre à vous de m'apporter la réponse, je ne<br /> l'éviterai pas)<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Kubrick est mon réalisateur favoris, je ne lui enlève ni son talent, ni mon admiration et mon respect.<br /> <br /> <br /> Je dis juste que le soit-disant "talent" n'est pas à 100% mystique, divin ou je ne sais quoi... Il y a des influences sociales, un milieu, un environnement, ce qu'on peut nommer l'hexis ou<br /> l'habitus. Une famille de médecin l'a certainement aidé pour financer ses premiers films, mobiliser un réseau social... Beaucoup de gens talentueux restent dans l'anonymat parce-qu'ils ne<br /> disposent pas des outils sociaux, économiques et culturels (au sens de capital culturel j'entends) pour percer dans un monde où l'art légitimé évolue (processus de distinction) et ne s'ouvre qu'à<br /> une certaine élite. Il ne faut pas mélanger "analyse sociologique" et sens commun. De plus tu enfonces une porte ouverte puisque je précise bien que le talent, chose qu'on ne peut pas toujours<br /> expliquer par des faits, fait aussi partie de l'alchimie ;).<br /> <br /> <br /> <br />