Quand la médecine produit des maladies... (ou le processus de médicalisation en occident).

Publié le par Masked Ball

http://jrenseyblog.files.wordpress.com/2009/03/sickness.jpgLa santé est, dans nos sociétés, un facteur important d'intégration sociale. Être en forme devient une norme à la fois physique et mentale qui va de paire avec une sanitarisation renforcée. Historiquement, ce processus s'observe sur plusieurs siècles. Les représentations sociales de la maladie ont évolué au profit d'une légitimation de la médecine et au détriment des perceptions religieuses/magiques. Ces anciennes perceptions ne sont pas à dénigrer car elles ont reflété et reflètent toujours dans certaines sociétés, une organisation sociale propre, une rationalité différente toute aussi légitime (contextuellement parlant) pour comprendre, interpréter et prendre en charge la maladie. Ce serait conforter l'évolutionnisme que de croire en une médecine ''primitive''. La société occidentale n'est pas plus avancée en matière de santé, elle a simplement un système de perception, de croyance et donc une rationalité différente envers la maladie qui produit la médecine occidentale d'aujourd'hui.

 

La médicalisation, en sociologie, est un processus qui vise à accroître ses champs de compétence, en considérant des choses non médicales comme telles. Désormais, la médecine apparaît comme la solution à divers problèmes comme l'échec scolaire, le domaine judiciaire ou encore les relations sexuelles et/ou comportementales dans le couple... Il paraît logique de nos jours de faire appel à la médecine pour ces thématiques, mais ce ne fut pas toujours le cas.

Ce processus est particulièrement présent dans les sociétés occidentales et tend à se généraliser mondialement. En sociologie de la santé on nommerait ça "la morbidité déclarée", soit le fait de se sentir de plus en plus malade. La médecine produit des remèdes mais elle produit aussi des maladies puisqu'elle accroît les normes sanitaires et donc les individus se sentent de plus en plus facilement malade. Peut-on parler de paranoïa ? Non le terme serait trop fort, disons seulement que la médecine répond à un système de croyance, celui d'une rationalité accrue, d'une interprétation éthique (en opposition à émique) de la maladie.

 

Ce processus s'explique de façon structurelle ; tout d'abord la population occidentale est vieillissante et nécessite des soins plus fréquents. De plus les récentes innovations médicales ont propulsé la médecine au rang de référente en terme de santé.  Au début du XIXème siècle, les médecins avaient une faible clientèle, ils avaient une forte concurrence, celle des praticiens populaires, des religieux ou encore des sages-femmes. La médecine n'était pas reconnue comme la plus efficace dans les croyances.

C'est en 1892 qu'une loi accorde aux médecins le monopole de l'exercice de la médecine. Les médecins ont donc mené une lutte politique afin d'obtenir leur reconnaissance. La reconnaissance politique marque souvent la cristallisation d'un savoir comme étant pertinent. Les médecins peuvent organiser, imposer les codes de la médecine, former, ils sont en situation de monopole.

 

Désormais on ne cherche plus à éviter de tomber malade mais à rester en bonne santé. Ainsi les consultations http://ecx.images-amazon.com/images/I/51GeSNfS1cL._SL500_AA300_.jpgmédicales ou paramédicales ne visent pas toujours à soigner des maux mais à préserver un état de forme. Beaucoup d'activités connexes vont se développer en parallèle, comme le marketing ("actimel le matin", salles de sport, spa, centres de remise en forme, produits amincissants...). Ainsi la norme qui vise à rester en bonne santé afin d'éviter de s'exposer à des jugements moraux, fait vendre.

 

Le processus de médicalisation permet aussi de justifier des actes anciennement considérés comme "déviants". Ainsi la psychologie s'est imposée dans les affaires judiciaires et plus largement la médecine. Conrad et Scheider nous parlent d'un modèle séquentiel de la médicalisation. Tout d'abord on définit un comportement comme déviant (ex : l'homicide). Vient ensuite l'élaboration de nouvelles techniques médicales qui permettent de comprendre biologiquement cet acte déviant. La troisième étape se caractérise par la diffusion dans la sphère publique de cette nouvelle interprétation, ainsi l'homicide peut être comprit médicalement/psychologiquement... Dans un quatrième temps, on assiste à un processus de légitimation qui vise à reconnaître la médecine comme étant compétente et pertinente pour comprendre l'acte. Le cinquième temps est celui de l'institutionnalisation. Il met en place une codification ; l'acte de base va trouver sa place dans une nomenclature médicale, ainsi qu'une bureaucratisation ; des organisations vont se mettre en place pour développer des pratiques propres à cet acte, établir des normes et des pratiques dans le traitement de cette nouvelle maladie.

La sphère politique entérine la nouvelle façon d'appréhender les choses.

 

http://souklaye.files.wordpress.com/2009/04/fumer-tue.jpg

 

Ce processus de médicalisation comporte-t-il des risques ?

 

Fassin nous dit que la médecine contrôle nos corps et nos comportements. En imposant un mode de vie légitimé, il devient plus simple de contrôler les individus sur leurs pratiques (ne pas fumer, ne pas boire, ne pas manger trop gras, trop salé...). Ainsi le politique utiliserait la médecine pour avoir un contrôle sur les corps. Ainsi la médecine devient un instrument du politique pour répondre à des enjeux sociaux.

Illich lui, définit trois types de iatrogénie ("étude des maladies d'origine médicale ou médicamenteuse") :

 

1- La iatrogénie sociale : On définit la maladie de plus en plus largementet donc les occasions d'être malade vont être de plus en plus nombreuses et donc les traitements aussi. La médecine moderne est créatrice de maladies.

2- La iatrogénie clinique : Soit les effets indésirables provoqués par une surconsomation de médicaments.

3- La iatrogénie structurelle : La médecine dépossède l'individu de sa propre maladie. Il est impossible d'interpréter personnellement sa maladie puisque la médecine s'avère être la seule entité compétente, rationnelle et légitime.

 


Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
W
<br /> Pour moi l'intelligence de l'Homme c'est la grande erreur de la Nature !<br /> Si tu regardes bien toutes les autres espèces (à peu près) ont évolué également, mais se sont arrêtées à un certain niveau, stable, qui leur permets d'être adaptées à leur milieu et rien de<br /> plus.<br /> Cet imbécile d'Homme, pour une raison inconnue, ne peut s'arrêter. Du coup une fois adapté à son milieu il s'est mi à adapter son milieu à lui. C'était le début de la fin.<br /> D'où l'idée que L'Homme est le cancer de la planète.<br /> <br /> <br />
Répondre
W
<br /> J'aimerais souligner un point qui n'est pas abordé ici.<br /> Il est exact que le nombre de maladies augmente artificiellement du fait d'une définition plus précise. Cependant, il serait bon de noter que le développement ainsi que l'usage de la médecine<br /> aujourd'hui crée effectivement plus de maladie, au sens général du terme. En effet plus on se soigne, plus on devient fragile. A force de vivre dans un monde stérile on perd nos défenses<br /> naturelles.<br /> <br /> Les gens reprochent souvent à leur médecin de leur prescrire trop d'antibiotiques, et dans un sens ils ont raison. Trop de médicaments affaibli le système immunitaire.<br /> Prenons l'exemple du vaccin, qu'est-ce qui fait qu'il nous protège ? Il contient une petite portion de maladie ! Ce qui entraîne le système immunitaire en prévision d'une arrivée plus massive de la<br /> maladie concernée.<br /> <br /> Par le passé les gens vivaient dans un milieu moins "propre" ce qui fait que leur système était certainement plus solide que le notre.<br /> Si aujourd'hui on a la chance de pouvoir se soigner d'un tas de choses il ne faut pas être surpris de tomber malade régulièrement.<br /> J'irais presque jusqu'à conseiller au gens de faire travailler leurs défenses, par exemple en mangeant de temps en temps un aliment périmé, ou plus sérieusement en ne buvant pas exclusivement de<br /> l'eau minérale comme le font certains.<br /> <br /> J'aimerais aussi exprimer une idée, que chacun est libre de partager ou non, on est évidemment bien heureux que la médecine veille sur nous, mais il faut le dire, la médecine est une pratique<br /> anti-naturelle. Dans le sens où elle s'oppose à la Nature, avec un grand N. Oui la médecine est l'ennemi de l'ordre naturel. Comme les autres sciences finalement. Car on critique beaucoup les<br /> autres domaines de la Science, par exemple pour les avancées énergétiques qui sont néfastes pour l'environnement. Mais là où la médecine, en temps que science, est néfaste pour la planète, c'est<br /> qu'elle éradique la notion de sélection naturelle. Et oui. Cette brave sélection naturelle qui jadis tuait un enfant sur deux (celle qui est à l'origine des fameux vaccins justement).<br /> <br /> Car aujourd'hui un grand nombre de gens s'accordent à dire que le problème mondial est la surpopulation, qu'en 2050 nous serons 10 ou 20 milliards. Et bien sachez que c'est à cause, en autres, de<br /> votre chère médecine.<br /> <br /> L'humain et son intelligence sont le cancer de la Terre.<br /> <br /> (je me suis peut-être un peu écarté du sujet, c'est ce qui arrive quand je me perds dans un auto-débat avec moi-même et je m'en excuse)<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> A propos de la sélection naturelle, je dirais que la nature avec un grand N à doter l'homme d'un sens de la réflexion plus développé et donc de la médecine (entre autre), il s'agit donc d'un<br /> outil comme un autre pour survivre. A propos de la surpopulation, Claude Lévi-Strauss était très pessimiste sur cette question, je cite :<br /> <br /> <br /> "La population mondiale comptait à ma naissance 1,5 milliard d'habitants. Quand j'entrai dans la vie active, vers 1930, ce nombre s'élevait à 2 milliards. Il est de 6 milliards<br /> aujourd'hui, et il atteindra 9 milliards dans quelques décennies, à croire les prévisions des démographes. Ils nous disent certes que ce dernier chiffre représentera un pic et que la population<br /> déclinera ensuite, si rapidement, ajoutent certains, qu'à l'échelle de quelques siècles une menace pèsera sur la survie de notre espèce. De toute façon, elle aura exercé ses ravages sur la<br /> diversité non pas seulement culturelle mais aussi biologique en faisant disparaître quantité d'espèces animales et végétales.<br /> <br /> <br /> De ces disparitions, l'homme est sans doute l'auteur, mais leurs effets se retournent contre lui. Il n'est aucun, peut-être, des grands drames contemporains qui ne trouve son origine directe<br /> ou indirecte dans la difficulté croissante de vivre ensemble, inconsciemment ressentie par une humanité en proie à l'explosion démographique et qui - tels ces vers de farine qui s'empoisonnent à<br /> distance dans le sac qui les enferme bien avant que la nourriture commence à leur manquer - se mettrait à se haïr elle-même parce qu'une prescience secrète l'avertit qu'elle devient trop<br /> nombreuse pour que chacun de ses membres puisse librement jouir de ces biens essentiels que sont l'espace libre, l'eau pure, l'air non pollué."<br /> <br /> <br /> <br />