L'intensification du contrôle social et les nouvelles technologies...
Pour parler d'intensification du contrôle social il faut d'abord définir, rapidement en quoi consiste le contrôle social. La définition wikipédia me semble concise et pertinente : "...désigne l'ensemble des mécanismes sociaux de régulation des comportements d'individus et des groupes d'individus les rendant conformes aux normes et valeurs établies."
En effet, le contrôle social ne doit pas forcément être vu de façon péjorative. Il permet une cohésion sociale, un
équilibre entre les acteurs sociaux, une certaine pacification engendrée par les règles implicites, informelles. Si par exemple, vous pouvez jouir du silence dans une bibliothèque ou dans un lieu de culte, c'est parce-que les individus ont intégré les règles informelles, celles de se taire et d'être discret. Celui qui est trop bruyant se frottera à des réactions hostiles, des regards désapprobateurs. La société est ainsi faîte et le contrôle social est nécessaire et omniprésent.
Mais... il ne doit pas être trop envahissant au risque de confiner l'individu dans une capacité d'action restreinte, ébranlant sérieusement sa sphère ''convenable" de liberté. Le contrôle social peut-être impulsé par l'ordre, l'état et être matérialisé, formalisé par des lois, des répressions policières, des sanction pénales... Il faut donc se méfier des tendances un peu trop sécuritariste de certains gouvernements...
Mais ce n'est pas le sujet abordé ici. Le problème évoqué est celui du contrôle social entre individus. Et il tend, selon moi, à un accroissement important lié aux nouvelles technologies. La production à faibles coûts de téléphones portables multifonctions et d'appareils photos numériques, permet de produire des films et des photos à des quantités industrielles. Mêlé à internet ce processus de contrôle social se trouve doublement renforcé. Ainsi, puisque nous sommes dans l'époque du culte de l'apparence et du nombrilisme (je ne dis pas que ce sont des faits inédits dans l'histoire, bien au contraire...), il devient tentant d'exposer sa vie sur divers supports comme les blogs, facebook... Outre le renforcement du lien social - qui est un point positif il faut le reconnaître - engendré par ce genre de sites, le contrôle social s'en trouve accru.
Facebook (entre autre), devient un marché géant aux informations, ragots, potins... Actuellement nous connaissons les premiers retours négatifs de cette exposition compulsive de l'intimité. Le vrai danger est que, à long-terme, nos comportement changent, vers une auto-censure, un refoulement plus important par simple peur de figurer sur une photographie ou un film. En d'autres termes, le risque est de voir l'ordre social se renforcer du fait d'un rétro-contrôle permanent.
Il faut aussi éviter de tomber dans la psychose et la paranoïa. Facebook ne fait que reproduire numériquement les rapports sociaux réels, libre à vous de parler de votre orientation sexuelle, de vos opinions politiques ou de votre situation amoureuse. Cependant les photographies et films sont publiés à vos dépends et échappent au contrôle que vous pouviez avoir sur votre propre image.
Il est aussi possible que notre génération connaisse une démocratisation de ce genre de comportements : c'est à dire que l'exposition de photographies discréditantes se normalise et provoque ainsi l'effet inverse décrit ci-dessus, celui d'un accroissement des libertés et l'outre-passement de la crainte envers l'appareil photo. Ce résultat est aussi valable mais me semble moins probable.
En sommes, facebook et internet sont des outils de communication formidables et il est inutile de les remettre en cause (Je les utilise moi-même régulièrement). Il est cependant préférable de réguler en amont l'utilisation de l'appareil photo/portable/caméra dans la vie privée ou alors de garder pour soi les images parfois compromettantes de soirées trop arrosées...on risque sinon de compromettre la liberté et la spontanéité de la vie privée, par un contrôle social trop envahissant.
Idée du jour : Une soirée sans appareils photo ?