L'identité nationale ou comment rompre le processus d'intégration...
J'interviens un peu tardivement sur le débat de l'identité nationale, cependant c'est un sujet qui revient souvent dans les médias surtout à l'approche de nouvelles éléctions...
Il s'agit pour moi d'une grossière erreur que de vouloir créer une identité commune pour un peuple multi-ethnique. L'identité nationale est un fantasme élitiste qui vise à imposer sa perception de l'identité à une majorité. C'est la vision légitimée d'une minorité détentrice d'un pouvoir.
Alors que Thomas et Znaniecki avaient déjà écris au début du XXème siècle sur la réussite de l'intégration par l'acceptation mutuelle de la culture (consensus entre l'Etat et les immigrés), on reproduit inlassablement les mêmes erreurs, balançant des arguments sans même s'être penché sur des études empiriques du processus d'intégration. En imposant une façon de vivre, on détraque totalement le temps le processus d'assimilation des immigrés. Une idée comme l'identité nationale produit l'effet inverse et est justement la cause d'une mauvaise intégration. Il est intéressant de voir, à quel point les projets politiques sont souvent en décalage avec la réalité sociale. Le "pensé" est rarement en adéquiation avec "le vécu" car on pense à la place de ceux qui vivent la réalité, le quotidien. Cela reste une des conséquences des politiques visant (consciemment ou inconsciemment) à marginaliser des populations.
En effet, les normes et les valeurs étant différentes d'un lieu à un autre, les migrants subissent le décalage culturel lorsqu'ils s'installent dans le pays d'accueil. A la manière de Michel Foucault, qui définit la folie par rapport à la norme, cette dernière (la norme) étant relative dans l'espace et dans le temps, il parvient à nous démontrer que la déviance est une construction sociale définit par la norme (cf. Histoire de la folie à l'âge classique). Cette analyse serait pertinente pour expliquer le décalage entre la norme du pays d'origine et celle du pays d'accueil.
Thomas et Znaniecki étudient dans leur ouvrage majeur "The Polish Peasant in Europe and America", l'installation des polonais aux Etats-Unis. Ils prouvent que d'importants changements peuvent donc être la source d'une désorganisation. Les immigrés qui arrivent dans le pays d'accueil sont souvent confrontés à des technologiques différentes ou a des situations politiques et économiques qui influent sur leur mode de vie.
Ils étudient la désorganisation et la réorganisation aux États-Unis. Selon eux, la réorganisation est possible grâce à une certaine forme de mixité entre les normes et les valeurs du pays d'origine et celles du pays d'accueil. Un processus de transition est primordial pour que l'assimilation soit possible. Il faut à la fois que les immigrés gardent une part de leur culture d'origine et soient enclins à accepter celle du nouveau pays.
En parallèle, le pays d'accueil se doit de s'adapter et de se familiariser aux nouveaux arrivants sans imposer un mode de vie légitimé (ex : ''l'identité nationale'' ) et en adoptant quelques uns de leurs traits culturels. Dans ce contexte la transition est possible. Cependant, il est rare qu'elle se déroule dans ces conditions. Colette Pétonnet nous démontre comment la culture dominante impose de force son système de valeur et ses normes véhiculées par les mass médias. Elle nous montre aussi que la réorganisation est possible dans des espaces de transition qui permettent de conserver ses habitudes tout en s'adaptant progressivement au nouveau pays. Mais cette transition est brisée par des politiques trop rapides, n'ayant pas pris le temps d'étudier le problème avant d'agir.
En 1921, Robert Park apporte aussi une analyse sur l'organisation sociale et la réorganisation.
Il nous parle de l'adaptation. « Elle peut être considérée telle une conversion religieuse, comme une sorte de mutation. » nous dit Robert Park. Les deux groupes restent en situation de rivalité mais leurs particularités respectives commencent à être acceptés réciproquement. La coexistence reste tendue mais elle devient possible.
Vient ensuite l'assimilation. Les deux groupes fusionnent et partagent un système de valeurs issu d'un mélange réussi.
Ainsi, ces références nous permettent de comprendre les décalages entre deux populations et d'expliquer les causes de la désorganisation sociale. Cependant, les auteurs semblent optimistes quant à l'intégration des populations immigrées. Dans On est tous dans le brouillard, l'auteur nous explique comment les phases d'adaptation et d'assimilation sont bloquées. Le fait de soumettre les individus à une répartition aléatoire dans des grands ensembles, stoppe toute possibilité d'organisation. Les liens de la communauté sont trop rapidement coupés et les individus se retrouvent en situation d'anomie. Une assimilation (et donc une réorganisation) réussie selon Thomas, Znaniecki et Park sont possibles à condition que l'environnement favorise l'adaptation. Or, à partir d'une ethnographie des banlieues menée dans les années soixante-dix, Colette Pétonnet nous démontre comment toutes formes d'adaptation devient impossible puisque vivant dans un espace marginalisé, les individus deviennent la proie des stigmates et des stéréotypes.
Alors que la politique actuelle (avec l'identité nationale) a inconsciemment pour but d'imposer les normes du comportement et du ''savoir-vivre'', elles ne font que dissoudre les règles, les normes et les valeurs présentent chez les immigrés en voix de transition. Paradoxalement l'ordre (représentée par l'architecture, les politiques, les forces de l'ordre etc...) créer le désordre et donc l'anomie.
C'est la société qui qualifie les gens dans une unité : marginaux » (M.Foucault). Ce qui est jugé anormal fait peur, et on tente soit de détruire soit de modeler par la violence symbolique un Homme à son image, rassurant, intégré selon la "bonne" morale : le bon français...
Thomas, Znaniecki et Park évoquent la désorganisation sociale comme une étape inéluctable pour l'immigré. Cependant, leur analyse semble opter pour une intégration progressive. Mais cette intégration est possible si le contexte le permet. La société d'accueil et les immigrés doivent en quelque sorte fusionner, de manière progressive. L'idée même d'imposer une ''identité nationale'' (en admettant que ce terme ait un sens...) va à l'encontre de ce que les trois sociologues expliquent pour assurer une certaine cohésion au sein d'un pays.
Sans repères et sans organisation sociale possible, Colette Pétonnet nous dit que l'intégration devient quasiment impossible. La classe dominante continue d'imposer des normes et des valeurs qui deviennent inatteignables pour les gens sans ressources. Sans aucuns moyens pour atteindre les buts valorisés, certains sont forcés d'avoir recours à des moyens déviants (cf. Robert K.Merton).
" Au fond de tout patriotisme, il y a la guerre : voilà pourquoi je ne suis point patriote." [Jules Renard]
"Défilé patriotique... ces défilés sont l'un des plus répugnants phénomènes qui accompagnent accessoirement la guerre." [Franz Kafka]
"Le patriotisme est votre conviction que ce pays est supérieur à tous les autres, parce que vous y êtes né." [George Bernard Shaw]