Peut-on rire de tout ? (peut-on tout dire ?)

Publié le par Masked Ball

http://faizaouajdi.files.wordpress.com/2007/06/1737_censure1.gifTout le monde connaît la célèbre et perspicace citation de l'humoriste Pierre Desproges : « On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui».

En effet, dans l'absolu et si on suit la logique de notre constitution et des valeurs formelles censées représenter notre démocratie, on doit pouvoir rire de tout. Pourtant, bon nombre de sujets restent tabous et à tort... La censure existe encore et si elle peut parfois sembler nécessaire (propos extrémistes...) elle n'en est pas plus légitime.

Je prendrais donc le point de vue de Noam Chomsky qui – selon moi – est le plus lucide de tous face à cette question.

Il nous dit : « Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout. »

On dépasse un peu la question de départ, cependant ne tombons pas dans la (trop) simple catégorisation, l'humoriste est bien souvent un agitateur politique, un partisan du débat publique (Stéphane Guillon, Dieudonné, Coluche, Les guignols, Groland …) et il ne se cantonne pas au simple fait de faire rire. (Je prendrais ici la citation d'un artiste controversé et peut-être un peu trop grossier au goût de certains amateurs d'humour fin et raffiné ; « Il vaut mieux en rire que s'en foutre » [Didier Super])

 

Je dis tout simplement que les idées les plus odieuses, qu'elles soient publiques ou privées, finissent par circuler. Je ne parle pas de légitimer de tels propos, je parle de liberté d'expression, libre ensuite au corps social et/ou judiciaire de sanctionner (même si ceux qui sanctionnent sont parfois inquiétés par des propos qui les touchent directement et agissent en conséquence de manière arbitraire). Il faut pouvoir connaître les idées les plus extrêmes pour mieux les combattre. Si on ignore une pensée, on ignore une partie de la société. Si on ignore une partie de la société, on ne peut percevoir la réalité sociale. On contourne le problème. Cependant si les idées les plus odieuses sont libres d'être exprimées, elles peuvent trouver un auditoire crédule et recruter de nouveaux individus porteurs d'un message de haine (ou autre...). Ce dernier argument est-il valable pour justifier la censure ?

"L'Etat n'a pas le droit de déterminer la vérité, ni de l'imposer. Je ne lui donnerai pas ce droit.(...)
La Liberté de parole vaut pour TOUTES les opinions.(...) Si vous croyez vraiment à la liberté de parole, vous autorisez l'expression d'opinions odieuses. Sinon vous êtes contre la liberté de parole. "
[Noam Chomsky]

Exemple schématique : Je méprise le racisme et l'intolérance. Si j'interdis de parler les racistes, comment les combattre ?  Les batailles d'idéologies se gagnent par la rhétorique et la dialectique. Le risque avec la censure, c'est de trop censurer, de trop aseptisé (selon moi nous vivons cette époque) et d'arriver à un mode de pensée trop uniformisé...
L'équilibre serait de pouvoir condamner sans censurer. Mais la condamnation n'est-elle pas une forme de censure ?

 

Le réel problème est que la censure est rarement objective et qu'elle dépend des autorités compétentes qui l'utilisent. Par exemple, le fait de taxer ''d'antisémitisme'' tout ce qui est critique envers Israël est une censure grave. Pour ma part, la politique d'Israël et de ses alliés me semblent intolérable et j'ai en même temps le plus profond respect pour le peuple juif dont Israël n'est pas le représentant selon moi (On reparlera certainement de ce cas particulier dans un prochain article). D'un autre côté les mouvements neo-nazis me répugnent au plus haut point et doivent être sévèrement réprimés.

 

Un bilan contrasté donc... j'opterais cependant pour une liberté d'expression quasi illimitée ajustée par une justice efficace et non arbitraire. (J'espère que les lecteurs de cet article ne comprendront pas ici que je tolère les propos extrémistes (encore faut-il définir la limite du tolérable et de l'intolérable qui résulte d'un jugement moral), je suis moi-même le premier à m'y opposer et si je peux le faire c'est que j'en ai pris connaissance parce-qu'ils étaient visibles dans la sphère publique et donc contestables). Je n'ai malheureusement pas la formule magique pour trouver le parfait équilibre. Et vous ?

 

Article 19 de la déclaration des droits de l'Homme :

« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

 

Article 10 de la convention européenne des droits de l'Homme :

« Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations. »

 

Le truc en plus pour la réflexion :

 

 

...

 

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Publié dans Politique

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W
<br /> C'est drôle je soulève un détail, et TU dis que je m'enflamme alors même que c'est TOI qui t'enflamme. Tu t'enflammes tellement que tu en perds ton latin et ta syntaxe. Critiquer le comportement<br /> des anti LePenistes ne veut pas dire que je défends l'autre bord, tu t'embarques dans un débat inutile sur des points où nous sommes d'accord.<br /> Soit je me suis mal exprimé, soit tu as mal lu, mais là tu vas trop loin, tu extrapoles mes propres opinions. Là où je soulève des idées tu m'inventes des opinions politiques, mais là n'était pas<br /> la question, ni le débat.<br /> De plus je trouves que tu t'écartes un peu trop de ton regard objectif de sociologue en herbe (je serais lepeniste je te dirais d'arrêter de fumer cette dernière).<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Mais enfin Wombatus, ne te définissais tu pas comme celui qui aimait prendre les contre-positions dans les débats ? Je ne fais que me prêter à ton jeu, si le débat est inutile alors pourquoi<br /> poster des commentaires ? Non vraiment restons cordiales. Et le côté "apprend à écrire avant de me répondre" n'est pas très fairplay, même si je fais aussi la chasse au fautes de frappe et aux<br /> erreurs de syntaxe.<br /> <br /> <br /> Autre chose je ne suis pas plus sociologue que toi, je précise d'ailleurs qu'il s'agit d'un blog de vulgarisation sociologique largement influencé par mes propres opinions. Si tu cherches<br /> l'objectivité, tu peux toujours chercher dans les vrais livres sociologiques, mais je crois bien que l'objectivité est une chimère. Ne me case pas dans des tiroirs je risquerais de m'y sentir à<br /> l'étroit ;). Cependant, je n'ai nullement pris position dans ma réponse, libre à toi de voir des influences idéologiques dans mes commentaires, à bon entendeur ;).<br /> <br /> <br /> Merci de te prêter au jeu de ce blog, qui est de contredire ou d'aiguiser nos articles, j'attends une contribution avec impatience.<br /> <br /> <br /> <br />
W
<br /> Le fait que j'ai été scandalisé ne veut pas dire que je pense qu'ils n'avaient pas le droit de s'exprimer, le problème c'était leur discours, qu'ils avaient le droit de tenir par rapport à la<br /> liberté d'expression, mais qui allait à l'encontre de leurs propres croyances républicaines, dépenser du fric pour des spots télévisés invitant les gens à ne pas voter pour l'un des candidats est<br /> anti-démocratique.<br /> Surtout quand on considère qu'il était impossible qu'il obtienne plus de voix au deuxième tour, c'est à dire 1/5 des voix, c'était grotesque. Encore une fois les gens ont créé leur propre peur,<br /> relayée une fois de plus par les médias, alors qu'il n'y avait aucun risque.<br /> On pourrait même y voir une manipulation pas très subtile de la part de la fameuse classe dirigeante que tu cites dans tes articles, classe qui a donné un faux combat aux gens, contre un ennemi<br /> vaincu d'avance. Les gens ont cru faire la révolution, ça les a calmé, ils étaient même heureux de voter pour un mec qu'ils détestaient pour la moitié d'entre eux.<br /> C'est une méthode tout à fait dictatoriale, ce qui est amusant considérant le fait que Jacques Chirac fut élu à 82,21% des voix.<br /> Complot ou non les masses bêlantes ont pu s'exciter un peu, puis se calmer dans la joie et l'allégresse alors que s'installait sur le trône la personne qu'elles voulaient faire tomber.<br /> C'est d'une ironie à toute épreuve.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Parce-que la politique sécuritariste de Lepen, Sarkozy et compagnie n'est pas ultra-médiatique et démagogique peut-être ? On vit dans la société du spectacle, on ne vote plus pour un politicien,<br /> on vote pour des show-men et des gestionnaires, pour celui qui dépensera le plus dans sa campagne, pour celui qui flattera l'égo des financiers. Ce n'est pas le propre des anti-lepéniste que<br /> d'agir ainsi. Il n'y a rien de dictatorial, tu t'enflammes sur les propos surtout qu'on on a jamais vraiment vécu une dictature, la propagande et la censure existent certes, mais elles existent<br /> de tous les côtés, la différence entre un régime dictatorial, c'est que la propagande n'émane que d'une seule et unique entité. Lepen est un propagandiste, il instrumentalise la peur des gens,<br /> invente une soit-disante islamisation de la France, idée reprise par Sarkozy qui en 2007 siphonna les votes du FN. Bien évidemment que l'élection de Jacques Chirac n'était pas légitime, mais il<br /> faut aussi noter que l'abstention avait servi Lepen et que finalement, son passage au second tour ne l'était pas plus. Après je pense que la grande majorité des gens préféraient un Chirac qu'un<br /> Lepen, bien qu'on soit en effet manipulé ou influencé, il faut rompre avec ce regard condescendant (et même élitiste), définissant la masse comme aveugle ; le français moyen étant un niais<br /> consommateur qui ne vote que pour son pouvoir d'achat. Les gens ne sont pas stupides (pas tous ^^), ils réfléchissent et ne suivent pas bêtement tous ce que le JT de TF1 leur raconte. S'il y a<br /> certes une part influente de manipulation, c'est se fourrer le doigt dans l'œil de croire que les gens suivent la télévision comme des moutons suivent leur berger.<br /> <br /> <br /> <br />
W
<br /> Pierre Desproges dit précisément que l'on peut, mais aussi que l'on "doit" rire de tout. Ce qui implique non seulement la notion de droit mais également de devoir. C'est une précision qui me semble<br /> importante.<br /> Autre précision, il n'a pas dit ça devant n'importe qui, puisque c'était à l'occasion du faux procès de Jean-Marie LePen (à l'occasion du Tribunal des flagrants délires, sur France Inter).<br /> Monsieur LePen qui représentait l'un des visages de l'extrémisme, et à qui les défenseurs de la liberté de parole devait (et doivent encore) accorder une totale liberté de parole, monsieur Noam<br /> Chomsky a raison. Dans une démocratie, quand un homme représente 15 ou 20 % de la population, je ne vois pas qui pourrait se permettre de le faire taire. Ensuite libre à chacun de contester...<br /> Tiens revoici une de mes crises de changement de sujet : il est encore un peu question d'humour, mais surtout de LePen et de démocratie. A l'occasion du deuxième tour des élections présidentielles<br /> de 2002, j'ai proprement été scandalisé par le mouvement national anti-FN mais avant tout totalement anti démocratique que à eu lieu, avec dans ses rangs bon nombre de comiques justement. D'une<br /> part quand un homme représente, comme je l'ai dit plus haut, une portion importante de la population, il n'y a pas à contester sa légitimité (au mieux c'est l'occasion de contester celle du régime<br /> républicain), mais surtout d'autre part c'était totalement inutile. En effet une personne comme monsieur LePen ne pouvait obtenir plus de voix au deuxième tour qu'au premier, c'est une question de<br /> logique tellement évidente que je ne m'abaisserais pas à la développer ici.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Un mouvement anti-FN est autant démocratique, on doit être libre de pouvoir remettre en cause la légitimité de n'importe qui et de n'importe quoi. La mobilisation contre Jean-Marie Lepen en 2002<br /> n'avait rien d'anti-démocratique, tout comme son passage au second tour. Si on doit pouvoir tout dire, alors on doit pouvoir dire : "Oui à Lepen", comme "Non à Lepen". Mais après il y a aussi les<br /> mécanismes de sanctions informelles, ceux qui émanent des individus eux-mêmes, et évidemment, il est impossible de tout dire et de rire de tout, c'est la limite fixée entre norme et déviance.<br /> <br /> <br /> <br />